Il existe des expositions que l’on visite, et d’autres que l’on retrouve comme de vieilles amies. Le 15 octobre 2026, « Tråder i tid » – Des fils dans le temps – a rouvert ses portes à la Dronning Sonja Kunststall, la galerie d’art de la Reine Sonja à Oslo, et la Maison royale de Norvège a partagé la nouvelle sur son compte Instagram, @detnorskekongehus. Les tapisseries des Collections royales, tissées entre 1899 et 1955, y retrouvent la lumière, présentées pour ce qu’elles sont vraiment : des porteuses d’histoire et des trésors culturels.
Pour la France, cette réouverture a une résonance toute particulière. Car l’histoire de ces tapisseries passe deux fois par Paris : une médaille d’or remportée dans la capitale en 1900, et un cadeau d’État offert par la France à un jeune roi en 1907. Peu d’expositions scandinaves racontent aussi bien l’amitié ancienne entre la France et la Norvège, fil après fil.
1899 : les tapisseries nationales partent conquérir Paris
Les vedettes de l’exposition s’appellent les Riksteppene, les Tapisseries nationales, réalisées en 1899. Parmi les plus grandes pièces de la collection, elles ont été tissées sous la direction de Frida Hansen, grande artiste textile norvégienne, d’après les dessins de Gerhard Munthe, figure du style national romantique. En 1900, elles sont présentées à l’Exposition universelle de Paris – et décrochent la médaille d’or.
À une époque où Paris décide du goût du monde entier, cette médaille vaut un manifeste. La Norvège y affirme que son art du tissage appartient au premier rang. De retour à Oslo, les Riksteppene ont ensuite orné pendant de longues années le Vestibule supérieur du Palais royal, accueillant chaque visiteur de marque, avant d’être décrochées pour être préservées. Les revoir aujourd’hui, dans la galerie de la Reine Sonja, tient du retour en famille.
1907 : le cadeau de la France au roi Haakon VII
La deuxième histoire est une histoire d’amitié entre nations. « Une danse de nymphes », tapisserie aux nymphes dansantes, a été offerte au nouveau roi de Norvège, Haakon VII, à l’occasion d’une visite d’État en France en 1907, peu après l’indépendance du pays. Un cadeau d’une élégance rare : ni bijou, ni porcelaine, mais une grande œuvre tissée, dans un langage artistique que la France et la Norvège partageaient alors au plus haut niveau.
La pièce a longtemps trôné dans la Galerie des Glaces du Palais d’Oslo. Aujourd’hui, le portrait du couronnement du roi Oscar II occupe ce mur et les nymphes vivent dans une autre pièce du Palais. Ces déplacements racontent la vie réelle d’un palais habité, dont les murs se réinventent à chaque génération – et c’est exactement ce que l’exposition permet de suivre, œuvre par œuvre.
Le mystère de l’ange à l’orgue
Reste l’énigme, celle que la Maison royale présente elle-même comme l’un des mystères non résolus de l’exposition. « Orgelspillende engel og jeger », l’ange jouant de l’orgue et le chasseur, orne habituellement le Salon de la Reine à Kongsseteren, la résidence royale. Son dessinateur ? Inconnu. Sa tisserande ou son tisserand ? Inconnu également. Une œuvre majeure, admirée depuis des générations, et pas un nom à mettre dessus.
Les commissaires ont eu la belle idée de la présenter à l’intérieur d’une reconstitution du Salon de la Reine, pour que le visiteur la découvre dans le décor pensé pour elle. Une manière délicate de rappeler qu’une tapisserie n’est pas seulement une image : c’est une présence dans une pièce, une chaleur sur un mur, une compagne de tous les jours. La culture royale européenne vit d’ailleurs une saison particulièrement lumineuse, entre réouvertures, créations nouvelles et trésors ressortis des réserves, dans l’esprit des grandes histoires de patrimoine vivant que nous racontons régulièrement.
La réouverture couronne enfin une semaine exceptionnelle pour la galerie de la Reine Sonja, dont l’entrée accueille désormais deux immenses jarres en céramique réalisées par la Reine elle-même, les plus grandes de sa vie d’artiste. Dehors, l’œuvre nouvelle. Dedans, les trésors tissés de trois générations, dont deux chapitres écrits à Paris. Des fils dans le temps se visite dès maintenant à la Dronning Sonja Kunststall, à Oslo – et les amoureux de la France y trouveront, à leur grande surprise, un peu de chez eux.
Photo : Det kongelige hoff

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