Madrid a vécu, ce vendredi 16 octobre, une de ces soirées qui rappellent pourquoi la reine Sofia reste la grande ambassadrice de la musique en Espagne. Au Teatro Monumental, Sa Majesté a présidé la création mondiale de Rémanence, l’œuvre de Luis Tabuenca Fernández couronnée par le XLIIIe Premio Reina Sofía de Composición Musical, et elle a remis personnellement son diplôme au compositeur, sous les applaudissements d’une salle comble.
La Maison royale a partagé la soirée sur son compte Instagram officiel, @casareal.es, et la photographie choisie dit tout de l’instant: la Reine franchissant les portes rouges du théâtre, souriante, dans une veste noire à texture losangée, un collier de perles au cou, une broche dorée à la boutonnière et une petite pochette noire à la main. En quelques heures, la publication a dépassé les 4 700 mentions j’aime et réuni 75 commentaires parmi les 1,44 million d’abonnés du compte. Ce n’était pas une sortie comme les autres: c’était la soirée du prix qui porte son nom, et cela se lisait sur son visage.
Un lauréat choisi parmi 78 partitions, un prix de 100 000 euros
Les chiffres donnent la mesure de la distinction. Rémanence a été sélectionnée parmi 78 partitions présentées à cette édition, et le prix, organisé par la Fundació Ferrer de Música et créé en 1982, est doté de 100 000 euros, ce qui en fait le prix de composition le mieux doté d’Europe. Le jury, présidé par Vasco Mendonça et composé notamment de Raquel García Tomás et de Josep Planells Schiaffino, lauréat de l’édition précédente, a salué la clarté du discours musical, la richesse gestuelle et l’usage efficace des forces orchestrales.
Le prix ne s’arrête pas au diplôme, et c’est là sa vraie force. L’Orchestre symphonique de la Radiotélévision espagnole a créé l’œuvre sous la direction de Thomas Herzog, dans un concert qui partageait l’affiche avec des pages d’Edvard Grieg liées à l’histoire et aux légendes de Norvège. Mieux encore: Rémanence entrera au répertoire de la Joven Orquesta Nacional de España, l’orchestre national de jeunes, qui la jouera lors de sa tournée 2026-2027. L’œuvre primée naît donc avec deux orchestres engagés à la faire vivre, bien au-delà de sa première soirée.
Tabuenca, le percussionniste qui compose avec les résonances
Luis Tabuenca Fernández, né à Saragosse en 1979, est compositeur et percussionniste. Son travail explore le croisement de la musique contemporaine, de l’art sonore et de la performance interdisciplinaire, des pièces solistes à la musique de chambre, des créations scéniques aux installations sonores présentées dans des festivals en Europe et aux États-Unis. Docteur en beaux-arts de l’Université de Barcelone et boursier Fulbright à l’Université de Californie à San Diego, il a fondé et dirige l’Ensemble Volavérunt. Ceux qui connaissent la partition décrivent Rémanence comme une écriture centrée sur le timbre et la résonance: sur ce qu’un son laisse derrière lui lorsqu’il cesse, exactement ce que promet son titre.
Une semaine culturelle pour la Couronne
Le concert de vendredi a aussi clos une semaine intensément culturelle pour la famille royale. La veille, le Roi avait présidé à Tarragone la réunion du patronage du monastère de Poblet, visite que nous avons racontée dans notre reportage sur le retour de Felipe VI à Poblet, avant de présider le soir même, à Barcelone aux côtés de la reine Letizia, la remise du Premio Planeta à Isabel Allende. Quelques jours plus tôt, l’agenda avait conduit les souverains dans les salles de classe de Ceuta et de Melilla. Et pendant ce temps, dans le nord de l’Europe, une autre reine artiste faisait la une, comme nous l’avons montré dans notre article sur les pots de céramique géants de la reine Sonja de Norvège, tandis que la diplomatie culturelle suivait son cours à Tokyo, dans notre récit de Naruhito et Masako à la conférence GEA 2026.
Patrimoine, littérature, éducation et, pour conclure, une création musicale mondiale avec la reine Sofia au centre de la scène. Il existe bien des manières de concevoir le service public d’une couronne, mais peu sont aussi cohérentes que celle-ci: être présent là où un pays crée. Vendredi, au Teatro Monumental, l’Espagne a créé un son que personne n’avait jamais entendu. Et sa Reine était là, souriante entre les portes rouges, pour remettre son diplôme au compositeur.
Photo: @casareal.es





