Le dejeuner a Tampere arrive desormais parfois sur six petites roues. Le jeudi 15 octobre, Wolt et Starship Technologies ont lance la livraison de repas par robots dans le centre de cette ville finlandaise, avec environ dix robots au service de plus de 25 restaurants dans un rayon de deux kilometres autour du centre-ville. On commande dans l’application, on suit son repas sur une carte en direct, et on ouvre le couvercle du robot quand il s’arrete devant chez soi.
Pas de chauffeur. Pas de voiture. Juste une boite fraiche sur roues qui connait le chemin.
Comment fonctionne un dejeuner livre par robot
Les clients commandent via l’application Wolt, exactement comme ils le font deja pour les livraisons de courses par robots dans la ville. Le robot recupere la nourriture, calcule son itineraire le long des trottoirs et des passages, puis signale son arrivee. Le couvercle s’ouvre depuis l’application, de sorte que seule la personne qui a commande peut prendre le repas. La livraison se suit en direct, et les habitués racontent que le spectacle devient vite captivant : son diner, visible sur une carte, qui avance a pas tranquilles dans votre direction.
Les machines sont autonomes a environ 99 pour cent, selon la description de Starship. Elles naviguent grace au positionnement par satellite et a l’intelligence artificielle, en observant le monde avec 12 cameras, des capteurs a ultrasons et un radar, et un operateur humain peut intervenir a distance si un robot rencontre une situation qu’il ne sait pas traiter. Ce un pour cent avoue fait partie des raisons pour lesquelles le systeme fonctionne en public : le robot gere le courant, une personne gere l’imprevu.
La carte de depart est resolument locale. Plus de 25 restaurants participent des le premier jour, dont Lapintie Kebab Pizzeria, Pizzeria Napoli Tampere et Social Burgerjoint Tampere. Pizzas, kebabs et burgers sont exactement les plats pour lesquels la livraison par robot a ete inventee : chauds, emballes, commandes au dernier moment et gâches par une longue attente.
La Finlande, encore une fois
Tampere n’est pas une premiere experience isolee. C’est la derniere ville d’un deploiement finlandais qui fait deja fonctionner des robots pour la nourriture et les courses a Helsinki, Lahti, Espoo, Kuopio et Jyvaskyla. A Tampere meme, les robots de livraison de courses se sont etendus a plusieurs quartiers au debut de l’automne, et un service soutenu par Wolt livrant des produits locaux de la region de Pirkanmaa en moins d’une heure a ete lance en septembre. Le lancement pour les restaurants s’appuie donc sur des machines que la ville a deja croisees lors de ses courses au supermarche.
Cette familiarite est l’atout discret de l’operation. Les robots de trottoir reussissent grace a l’acceptation du public autant qu’a la technique : les passants leur laissent la place, les enfants leur font signe, et surtout presque personne ne les derange. Les villes finlandaises ont eu des annees pour s’habituer a leur presence, dans la neige, dans la boue fondue, dans l’obscurite. Le lancement de Tampere arrive sur un terrain deja prepare.
Il arrive la meme semaine qu’une automatisation tres differente au Japon, ou des fourgons se chargent eux-memes. Mis cote a cote, les deux systemes dessinent la forme du secteur : de grands vehicules sans conducteur pour le trajet du depot au magasin, de petits robots de trottoir pour les derniers centaines de metres, chacun faisant la partie du parcours qui lui convient le mieux. Ce partage des taches rappelle aussi les progres des robots humanoïdes capables d’interagir en plusieurs langues a Paris, autre signe que les machines de service quittent les laboratoires pour la rue.
De petits robots, une arithmetique serieuse
Dix robots peuvent sembler une curiosite, jusqu’a ce qu’on fasse le calcul de l’heure du dejeuner. Chaque robot peut enchaîner les trajets dans les deux kilometres les plus denses de la ville, la zone ou la livraison en voiture est la plus lente et ou le stationnement est le plus difficile, sans tourner pour trouver une place ni attendre moteur tournant devant le restaurant. Electrique, petit et partage entre 25 cuisines, le cout par livraison de la flotte baisse a chaque commande, la ou celui d’une voiture ne baisse jamais.
Pour les restaurants, l’interet est une portee sans risque. Une cuisine qui ne pouvait pas justifier son propre livreur peut desormais proposer la livraison dans tout le centre, et le robot attend patiemment lors de la recuperation au lieu de stationner en double file. Pour Wolt, chaque trajet de robot est aussi une donnee d’apprentissage : passages, bordures et habitudes des foules a Tampere, appris une fois et partages par toute la flotte.
Ce que cela change pour les clients, les restaurants et les villes
Pour les clients, le changement est simple et un peu joyeux : davantage de restaurants capables de livrer, un suivi en direct vraiment precis au niveau du trottoir, et un repas qui arrive dans une boite fermee que seul votre telephone peut ouvrir. Les premieres commandes tiendront en partie de la nouveaute. Ce sont les commandes repetees qui comptent, et l’experience des autres villes finlandaises suggere que les habitants reviennent.
Pour les villes, les robots de trottoir sont le visage sans conflit de l’automatisation. Lents, legers, electriques, ils liberent de la place au bord des rues au lieu de se battre pour elle. Tampere accueille ainsi un pilote visible et sympathique de la logistique de demain, qui roule au pas dans son centre, la version la plus facile de l’avenir sans conducteur qu’un public puisse juger. On peut y voir un echo, a toute petite echelle, de sujets d’innovation que nous suivons comme les avancees medicales testées pour la premiere fois chez un patient : la confiance se construit essai apres essai, en public.
Pour les investisseurs, le modele finlandais est l’histoire elle-meme : ville apres ville, d’abord les courses, ensuite les restaurants, chaque lancement moins cher et plus rapide que le precedent parce que le public, l’application et les routines existent deja. Starship et Wolt ne prouvent plus qu’un robot fonctionne. Ils prouvent qu’un deploiement fonctionne, et c’est cette partie-la qui se transforme en revenus. Quelque part a Tampere ce soir, une pizza traverse un pont toute seule, surveillee par douze cameras et par un client affame qui suit un point sur une carte. L’avenir de la livraison ressemble moins a un drone descendant du ciel qu’a ceci : petit, patient, et exactement a l’heure.
