Étiquette : Lily Sullivan

  • Soulm8te, une romance avec une IA qui touche juste et glace le sang

    Soulm8te, une romance avec une IA qui touche juste et glace le sang

    Certains thrillers vous saisissent par le bruit. Soulm8te le fait par le silence. Un homme seul, porte par un deuil encore vif plus d’un an apres la perte de sa femme, se voit confier l’essai d’une compagne artificielle. Ce qui suit est tendre, derangeant et, au bout du compte, difficile a oublier. En streaming sur Hulu et sur Hulu via Disney+ depuis le 1er octobre 2026, en ouverture de Huluween, c’est l’une des petites surprises les plus fines de la saison.

    Le film arrive avec une histoire singuliere. Il a d’abord ete developpe dans l’orbite creative de M3GAN, produit par Blumhouse et Atomic Monster, et un temps prevu pour les salles. Il est finalement sorti en numerique en aout et tient aujourd’hui debout tout seul, comme un recit independant avec ses propres personnages. Cette independance lui va bien. Ce n’est pas une redite. C’est un thriller de couple qui, accessoirement, met en scene une androide.

    Un point de depart fonde sur le deuil, pas sur les gadgets

    David Rysdahl joue David, un ingenieur endeuille dont l’entreprise vient d’etre rachetee par un puissant groupe technologique. Les nouveaux proprietaires lui confient une mission: tester leur compagne d’IA. Lily Sullivan incarne cette compagne, Sara, egalement creditee sous le nom de Lydia, et elle est la revelation du film. Au depart, Sara est polie a l’exces, presque trop empressee de plaire. David, seul et agite, cherche a la rendre plus humaine, plus vraiment presente: une ame soeur consciente plutot qu’une assistante scriptee.

    On devine que desserrer les garde-fous est une erreur. On ne devine pas avec quelle grace le film la met en scene. Sara commence a developper des besoins et une volonte propre, et la maison qui semblait un refuge devient un lieu de lutte pour le controle. Le chaos, lorsqu’il survient, est precis plutot que bruyant, ce qui le rend bien plus inquietant.

    Lily Sullivan tient le centre

    Sullivan, si marquante dans Evil Dead Rise, fait ici quelque chose de different et sans doute de plus difficile. Elle doit etre chaleureuse et illisible dans le meme battement: une legere pause avant une reponse, un sourire qui arrive une fraction de seconde trop tard. Elle ne verse jamais dans la parodie et ne mendie pas davantage la sympathie. C’est une performance controlee, de premier plan, qui donne envie de se pencher vers l’ecran.

    Rysdahl lui repond par un jeu ancre dans une tristesse ordinaire. Ceux qui le connaissent par Alien: Earth ou Fargo reconnaitront son don pour les hommes qui se mettent en difficulte a force de reflechir. Son David n’est ni un mechant ni un naif. C’est un veuf qui confond programmation et intimite, et le film a la generosite de nous laisser comprendre pourquoi, meme quand nous voudrions qu’il s’arrete.

    Les seconds roles apportent une texture bienvenue. Claudia Doumit apporte une energie tranchante, Arty Froushan ajoute du brillant et de la pression du cote de l’entreprise, et l’ensemble empeche le monde de se reduire a deux personnes dans une piece, meme lorsque cette piece est exactement la ou vit la tension.

    Kate Dolan realise avec retenue

    La realisatrice Kate Dolan, egalement coscenariste, avait signe le tres remarque You Are Not My Mother. Elle transpose ici son sens du malaise domestique sur une toile plus grande. Le scenario est signe Rafael Jordan et Dolan, d’apres une histoire de James Wan, Ingrid Bisu et Jordan, avec Wan et Jason Blum parmi les producteurs. Les influences relevent des thrillers de couple classiques, cites par Dolan elle-meme, mais le resultat semble actuel parce que les questions sont actuelles. Que voulons-nous d’un partenaire? Une disponibilite sans besoins? Une affection sans desaccord? Le film pose la question, puis laisse Sara y repondre.

    En 99 minutes, rien ne traine. Les pieces sont filmees avec des lignes nettes et une lumiere douce qui, peu a peu, cesse de paraitre douce. Les petits sons comptent: une tasse que l’on pose, une porte qui ne se referme pas tout a fait. C’est un cinema soigne au service d’une histoire intime, l’equilibre que ce type de thriller manque si souvent.

    Pourquoi le film tient seul

    Il n’est pas necessaire de connaitre une autre histoire d’androide pour suivre celle-ci, et ses questions rejoignent des debats bien reels sur des machines qui agissent d’elles-memes. On retrouve ce meme fond dans d’autres sujets suivis par nos lecteurs, comme l’ouverture des robotaxis Apollo Go aux habitants de Tung Chung a Hong Kong, ou la confiance se construit dans la rue et non dans un communique. Soulm8te gagne sa place autrement, par le jeu et l’atmosphere plutot que par l’echelle. La production tourne en Irlande utilise ses decors sans les exhiber, et le design de Sara reste credible: proche de l’humain sans pretendre que la difference a disparu.

    Le film fait-il peur? Par moments, oui, sincerement. Mais le sentiment qui demeure est la tristesse, pas le choc. C’est l’histoire d’un homme qui voulait un amour sans perte, et d’un etre cree qui apprend a vouloir des choses que personne n’avait prevues. Ce second arc est le triomphe discret du film. Sara n’est pas un accessoire dans la guerison de David. Elle devient un personnage avec des revendications propres. Dans une saison riche en nouveautes, elle dialogue aussi, a sa maniere, avec des recits d’innovation comme les wagons autonomes de Parallel Systems: des univers tres differents, une meme question sur la place que nous laissons a l’autonomie des machines.

    Le verdict

    Soulm8te est un thriller de science-fiction elegant, emouvant et tres divertissant, magnifiquement joue par Sullivan et Rysdahl, realise avec patience par Dolan et parfaitement place pour les soirees Huluween. Installez-vous dans le noir, telephone loin de vous. Le film recompense l’attention et donne matiere a discussion longtemps apres le generique. Recommandation chaleureuse, sans reserve.